Les 90 ans de l’Office national des anciens combattants
90 ans après les grandes Batailles de Verdun et de la Somme, l’anniversaire de l’ONAC est l’occasion de rappeler que la politique de mémoire est un axe prioritaire de l’action du ministre délégué aux Anciens combattants. De nombreuses manifestations sont prévues pour célébrer cet anniversaire partout en France, en métropole et outre-mer.
90 ans d’action
L’Office national des anciens combattant a été crée en 1916 pour favoriser la réinsertion des invalides de guerre. Il est donc conçu pour reconnaître et réparer les préjudices subis. Aujourd’hui, cet établissement public autonome, sous tutelle du ministère chargé des Anciens combattants, compte plus de 4 millions de ressortissants. Sa tâche majeure est d’entretenir la mémoire collective et de véhiculer les valeurs qui ont poussé à l’engagement.
Les cérémonies
Depuis le 5 avril, l’Hôtel des Invalides propose une exposition pédagogique sur la "Grande Guerre" destinée aux jeunes enfants ;
Le 8 et 9 avril, le festival "Mémoire" aura lieu dans le département de la Marne.
Hamlaoui Mekachera inaugurera l’exposition "La Grande Guerre", élaborée en partenariat par l’ONAC et la DMPA (Direction de la mémoire, du patrimoine, et des archives). Des films et pièces de théâtre sont également au programme, ainsi qu’une intervention des époux Husson, professeurs d’Histoire ;
Le 9 avril à partir de 14 heures auront notamment lieu un défilé de véhicules militaires de collection, puis une représentation théâtrale "14-18, bleu sombre horizon" ;
Un jeu interactif "p@sseur de mémoire", sera enfin proposé au jeune public sur le site de l’ONAC afin de les sensibiliser aux thèmes du respect, de la tolérance et de la solidarité.
OUEST FRANCE Paru dans l'édition du mercredi 27 septembre 2006
Ils étaient les soldats de la « grande France »
Le film Indigènes sort aujourd'hui sur les écrans. Il suscitera enthousiasme... et polémiques. Quelques clés pour comprendre.
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La présence des Africains fut-elle importante dans les armées françaises pendant la Seconde Guerre mondiale ?
C'est incontestable, comme en témoignent les noms de certaines des grandes unités de l'armée B (sept divisions commandées par le général de Lattre de Tassigny) qui débarquent en Provence le 15 août 1944 : 3e division d'infanterie algérienne, 2e division d'infanterie marocaine, 4e division marocaine de montagne, etc. Les indigènes des colonies constituent une grosse moitié des 230 000 soldats sous pavillon tricolore qui libèrent Toulon et Marseille et vont remonter la vallée du Rhône pour rejoindre les armées alliées venues de Normandie. Les « Africains » sont ultramajoritaires dans les divisions d'infanterie 70 à 90 %), moins nombreux dans les unités plus techniques (divisions blindées, génie, artillerie).
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Pourquoi sont-ils aussi nombreux ?
Tous les empires, à toutes les époques, ont utilisé des soldats « indigènes ». Dès 1830, l'armée française recrute des « guerriers » locaux - ils deviendront les zouaves - qui vont l'aider dans son entreprise de conquête de ce qui n'était pas encore l'Algérie. Pendant la guerre de 1914-1918, plus de 600 000 soldats des colonies sont mobilisés (sur presque 8 millions de mobilisés). La défaite de 1940 offre à l'Empire colonial - qu'on appelait « la grande France » - un rôle qu'il n'était probablement pas destiné à jouer. Après le débarquement américain en Afrique du Nord, en novembre 1942, une force française apte à combattre se reconstitue autour de l'armée d'Afrique, forte de 120 000 hommes, qui a échappé à la débâcle. Le territoire national étant toujours occupé, cette armée nouvelle va grossir en mobilisant les Européens d'Afrique du Nord (175 000 hommes de 18 à 45 ans sur une population totale d'environ 1 million) et en accueillant des Algériens, des Tunisiens, des Marocains, des noirs d'Afrique de l'Ouest, des Malgaches, des Océaniens, des Français libres, etc. La nouvelle armée est unique en son genre « profondément originale, comme la France n'en a jamais connu », souligne l'historien militaire Philippe Masson. Ces hommes, musulmans ou chrétiens, s'illustreront pendant les campagnes de Tunisie, d'Italie et de France.
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Les Africains se battent-ils pour la France ?
Il faut se remettre dans les mentalités de l'époque. Pas facile de dire si les combattants maghrébins se battent pour une certaine idée de la mère patrie française ou s'ils se retrouvent enrôlés parce qu'ils obéissent à des allégeances diverses. Toujours est-il que le roi Mohammed V du Maroc et le Tunisien Bourguiba encouragent leurs compatriotes à combattre, avec l'espoir d'une émancipation prochaine de leurs pays respectifs. Selon le professeur Jacques Frémeaux (Sorbonne), l'armée « offre aussi au jeune indigène l'occasion d'une sorte d'émancipation sociale en prouvant sa valeur guerrière ».
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Les soldats des colonies seraient la « chair à canon » et les blancs seraient planqués ?
Les chiffres ne montrent rien de tel. En Afrique du Nord, 16,3 % de la population européenne a été expédiée sous les drapeaux, ce qui est énorme, contre 1,58 % de la population dite « indigène ». Au moment de la capitulation allemande, l'armée française compte 1,3 million d'hommes (elle a été « blanchie » par apport massif de résistants) dont 253 000 Nord-Africains. Selon l'historien Daniel Lefeuvre, ces derniers ont perdu environ 12 000 hommes, soit un taux de mortalité de 5 %. Les 100 000 soldats d'Afrique noire ont eu un taux de mortalité de 6 % (4 500 tués), égal à celui des troupes hexagonales (40 000 tués). Les 176 000 pieds noirs, quant à eux, ont eu 14 000 tués, soit un taux de pertes record de 8 %. Cependant, si les soldats sont égaux au feu, ils ne le sont pas dans le système hiérarchique. L'Africain reste un soldat dominé. Il est moins bien payé et seulement 4 % des officiers sont des « indigènes ». Cela dit, l'armée américaine ne fait pas mieux avec ses nationaux « noirs ».
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L'histoire des soldats coloniaux a-t-elle été délibérément cachée ?
Faux. Les « Africains » ont défilé sur les Champs-Élysées. Les exploits des goumiers marocains, spahis et autres tirailleurs, en Italie ou dans les Vosges, sont honorés dans l'armée, racontés depuis longtemps dans de très nombreux livres. Il suffit de les ouvrir. La méconnaissance du public est à resituer dans une perspective historique plus vaste. Les coloniaux du général Juin entrent dans Rome victorieux alors que les Américains débarquent en Normandie, attirant à eux tous les regards. Le débarquement de Provence (Dragoon) est, lui aussi, occulté par Overlord. Et ses soldats avec.
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Les coloniaux ont-ils eu la reconnaissance qu'ils méritaient ?
Même s'il n'est pas question de « repentance », la reconnaissance n'a pas été à la hauteur du sang versé. Dans l'immédiat après-guerre, les coloniaux attendaient de toucher les dividendes de leur sacrifices (citoyenneté, indépendance, aide financière). On sait ce qu'il advint. Guerres coloniales, abandon. Au moment de l'indépendance de leurs pays, la pension des vétérans a été gelée. Aujourd'hui encore, les 80 000 survivants africains de la 1re armée française luttent pour obtenir des pensions égales à celles de leurs « frères d'armes » français. Un vieux tirailleur sénégalais touche 103 euros tous les six mois contre 230 euros pour le Français. Jacques Chirac doit annoncer, aujourd'hui, des mesures importantes pour en finir avec cette injustice.
Jacques ROUIL.